52,8% des kinésithérapeutes présentent des signes de burn-out selon une récente étude de la CARPIMKO. Face à ces chiffres alarmants, la prévention traditionnelle du burn-out montre ses limites.

En tant que kinésithérapeute spécialisée en douleur chronique et neuropédiatrie, j’ai moi-même traversé une phase d’épuisement professionnel. Cette expérience m’a menée à développer une approche singulière : transformer l’épuisement en énergie créatrice plutôt que de simplement le “gérer”.

Ma conviction profonde ? La fatigue n’est pas un problème à résoudre, mais le signe d’une intelligence profonde qui vous appelle à évoluer. La qualité de vos soins ne dépend pas de votre capacité à vous oublier, mais de votre capacité à révéler votre unicité thérapeutique en lien avec votre vision profonde du  soin.

Prévention du burn out des soignants

Prévention du burn-out des soignants : comment transformer l’épuisement en créativité

 Le processus partagé dans cet article est amplement approfondit dans la formation  : de l’épuisement à l’apaisement.  Une formation de 7h de ligne avec des vidéos pour laisser mûrir votre compréhension de vos propres schémas mais aussi avec pleins de ressources pratiques concrètes.

Pourquoi les méthodes classiques de prévention du burn-out ne suffisent pas

Préserver ses limites ou “gérer sa fatigue” ne suffit pas.

La fatigue professionnelle en tant que soignant peut être le témoin d’un besoin d’ajuster la posture professionnelle. Nous somme nombreux à avoir appris que pour être un “bon” thérapeute, il fallait :

  • Se sacrifier pour les autres
  • Ne pas penser à l’argent (comme si c’était “sale”)
  • Séparer complètement vie professionnelle et personnelle
  • Donner toujours plus, même quand on est à bout
  • Suivre des protocoles standardisés en oubliant notre unicité

Ces croyances limitent l’expression de votre joie et de vos talents  :

  • En brimant vos capacités d’autorégulation et de créativité.
  • En vous empêchant d’écouter ou d’exprimer vos limites, comme si votre fatigue était un obstacle à surmonter.

Mais ce n’est pas tout. Ces premiers facteurs de l’épuisement sont peut être les plus faciles à changer car ils dépendent uniquement de vous. Je vois une seconde raison à l’origine de l’épuisement des soignants : la perte de sens de leur façon d’exercer.

Tout comme moi il y a 5 ans, lorsque je voyais environ 15 patients par jour (et encore c’est peu pour un kiné) et que je restais enfermée toute la journée entre 4 murs. J’accompagnais déjà des patients douloureux chroniques et des enfants neuro atypiques, et je me sentais trop limitée par le temps autant que par le cadre de mes soins. J’avais trop l’impression de me contenter de faire des traitements “symptomatiques” alors que je voyais déjà tout ce qu’il y avait d’autres à apporter au patient pour soutenir se pleine santé. 

Mon expérience est loin d’être un cas isolé, je reçois de nombreux témoignages de soignants de toutes professions qui me disent travailler trop vite, pour rentrer dans leur frais. Trop de professionnels se sentent oppressés par les contraintes de temps et d’argent, et renoncent à leur vision profonde du soin.

Le renoncement, la résignation : voilà la seconde source d’épuisement. car si vous n’êtes pas connecté à la joie profonde d’exercer votre métier, comment voulez vous ressentir plus de vitalité? 

Certains décident alors de changer de métier, d’autres d’entrer en lutte contre “le système actuel” de santé. Mais je pense qu’il existe une autre voie, plus respectueuse de votre santé et de votre joie : celle qui se dessinera en libérant votre créativité.

L’approche systémique : comprendre les vrais mécanismes

Ma compréhension de l’épuisement professionnel est systémique. J’y vois :

  • Des facteurs individuels (posture du sauveur, difficulté à poser nos limites)
  • Des facteurs culturels (culture du soin qui positionne le soignant comme “dévoué”)
  • Des facteurs sociétaux (frustration face aux contraintes du système actuel de santé)
  • Des facteurs économiques (dévalorisation financière des professions de santé)

 

Pour améliorer la prévention du le burn out des soignants, je pense que nous devons agir sur l’ensemble de ces facteurs, chacun à notre manière. Certains choisissent de travailler en hors convention ou dans la formation comme moi, mais ce n’est pas l’unique façon d’incarner sa vision profonde du soin. J’ai rencontré des professionnels de santé qui arrivaient à la respecter en salaria, d’autres qui œuvraient pour la diffusion de leurs valeurs grâce à des projets associatifs pour lesquels ils étaient rémunérés, ou encore d’autres qui s’investissent avec toute leur intégrité dans des projets de recherche, ou encore des projets politiques (en s’investissant dans un syndicat ou autre).

prévention du burn out des soignants

Tous ces choix et chemins sont multiples voir infinis, et pour trouver le votre, votre façon unique d’incarner vos valeurs profondes dans votre métier, je pense que cela commence par apprendre à renouer contact avec votre corps, votre vie sensorielle, émotionnelle et psychique avec plus d’intimité, d’accueil et de compréhension envers vous-même.

7 étapes pour prévenir le burn-out

Étape 1 : Sortir du Triangle de Karpman avec vos patients

Le Triangle de Karpman est un piège relationnel dans lequel nous tombons tous. Dès qu’il y a une posture de victime, ça appelle en face une posture de sauveur.

Les signaux d’alarme :

  • Vous vous épuisez à vouloir “porter” vos patients
  • Vous culpabilisez quand un patient ne suit pas vos conseils
  • Vous tombez dans le jugement : “Comment ça, vous n’avez pas fait les exercices ?”

La solution : Identifier les bénéfices secondaires de chaque posture. Quand vous êtes dans le Sauveur avec vos patients, observez : qu’est-ce que cela vous apporte ? Se sentir important ? Éviter votre propre sentiment d’impuissance ?

Étape 2 : Transformer votre critique intérieur en allié

Le critique intérieur, c’est cette voix qui dit : “Tu es nul”, “Tu devrais faire ça”, “Comment ça, tu as fait cette erreur ?”

Exercice pratique :

  1. Identifiez votre critique intérieur : Qu’est-ce qu’il dit sur votre manière de travailler ? Sur votre corps ? Sur vos relations patients ?
  2. Comprenez ses fonctions : Derrière “tu es nul” se cache souvent une vraie quête de qualité
  3. Transformez-le : Comment nourrir cette quête de qualité sans avoir besoin de vous “auto flageller ? Comment préserver une auto régulation constantes de vos actions professionnelles, sans vous jugez de vos faux pas?

Étape 3 : Accueillir vos polarités pour nourrir votre équilibre

Nous avons tous des aspects apparemment contradictoires : l’actif/le contemplatif, le sociable/le solitaire, le sérieux/le fantaisiste.

Mon exemple personnel : Je peux paraître “très sociable” dans mon cadre professionnel, disponible, à l’écoute. Mais dans l’heur qui va suivre ma journée de consultation, je vais paraître “sauvage”. Parfois je ne dis même plus bonjour aux gens du village si je suis dans cette phase. Parfois je vais aussi dire à la maison en rentrant chez moi : “non, je n’ai pas envie de t’écouter maintenant, je n’y arrive pas”. 

M’autoriser à alterner ces phases “sauvages” et “ultra sociables” me permet de préserver mon équilibre.

Dès qu’on est dans un “trop” (trop gentil, trop rigide, trop disponible), c’est qu’une polarité opposée est refoulée. L’équilibre naît de l’accueil de toutes nos facettes. 

Étape 4 : Reconnaître et honorer vos limites sans culpabilité

La clé : se relier à votre sensorialité pour identifier vos signaux corporels.

Quand nous sommes déconnectés de nos sensations, nous ne percevons plus les premiers signaux de fatigue. Il est crucial de :

  • Développer votre intéroception (perception des signaux internes)
  • Pratiquer des mouvements simples pour le recentrage au travail
  • Utiliser votre corps comme boussole pour poser des limites justes

Exercices pratiques :

  • Pauses de 2 minutes avec focus sur la respiration entre deux patients
  • Boire un verre d’eau en état de conscience
  • Prendre conscience pendant la consultation de vos signaux corporels (noeuds dans la gorge, poids sur les épaules ….)

Dans ma formation : de l’épuisement à l’apaisement, nous travaillons ainsi sur 2 schémas corporels qui facilitent le recentrage et l’expression saine de vos limites. Vous y trouverez des ressources pratiques pour vous relier à votre sensorialité, mais aussi des mouvements, méditations guidées, et mouvements respiratoires.

Étape 5 : Libérer votre enfant intérieur créatif

Pour libérer votre créativité de votre enfant intérieur, il faut travailler sur deux aspects :

  1. La sécurité :
  • Choisir les patients avec qui vous vous sentez libre de vous exprimer
  • Connaître le cadre légal de votre pratique
  • Travailler sur la peur du jugement
  1. La libération des croyances limitantes : “Je suis nul”, “Je ne sais pas parler”, “Je suis différent(e)”.. cf étape 2 sur le critique intérieur
  2. La reconnexion à votre enfant intérieur. 

Cela demande parfois d’aller accueillir ses blessures (peur du jugement, rejet, honte, peur de ne pas être aimé…), mais pas seulement. La reconnexion à votre enfant intérieur se fait aussi en laissant de la place dans votre quotidien à des activités que vous aimez faire juste pour le plaisir, avec joie et spontanéité. Il s’agit parfois de coloriage ou dessin, ou de danse, ou de jeux. Certains professionnels amènent d’ailleurs ces activités dans leur cadre professionnel auprès de patients de différents âges. Nous avons tous besoin de jouer, et pas seulement de “nous soigner” ou “travailler”.

La reconnexion à votre enfant intérieur vous apportera plus de légèreté et de créativité. Et si vous vous demandiez juste maintenant : comment se sent votre enfant intérieur au travail? Se sent-il oublié? Opprimé? Ennuyé? 

Vous mettre à son écoute ne veut pas dire le laisser prendre les rennes et tout gérer de façon immature. Une écoute intime de ces aspects joyeux et spontané en vous sera très équilibrant au côté d’aspects de vous plus organisés, terre à terre, et pragmatiques.

prévention du burn out des soignants

Étape 6 : Maîtriser les 3 équilibres fondamentaux

Équilibre 1 : Donner et recevoir

Vous sentez vous à l’aise avec l’idée de recevoir? des compliments, de l’argent, de l’attention? 

Souvent, les empruntes émotionnelles de honte et de culpabilité peuvent nous empêcher de nous ouvrir à la réception.

Équilibre 2 : L’équilibre financier

Développer une relation saine à l’argent. Valoriser justement vos compétences sans culpabilité. L’argent n’est pas “sale” quand il rémunère un travail de qualité. Il est justement une condition, pour que cette qualité devienne pérenne dans le temps.

Équilibre 3 : Vie professionnelle et personnelle

Non pas séparer, mais harmoniser. Comment votre passion professionnelle peut-elle nourrir votre épanouissement personnel et vice-versa ?

Comment ces deux aspects de votre vis s’influencent mutuellement? 

Étape 7 : Choisissez des pratiques qui nourrissent votre équilibre

Choisissez au moins une activité hebdomadaire pour vous, mais aussi des rituels quotidiens qui prennent soin de votre santé physique et psychique. Cela peut être des mouvements, des étirements, des exercices respiratoires, des méditations, à vous de voir! Mais consacrer du temps à votre santé 1h par semaine ne suffit pas, c’est tout les jours que vous devez laissez infuser cette nouvelle priorité : Votre santé.

Dans ma formation : de l’épuisement vers l’apaisement, je partage plusieurs méditations guidées inspirées des éléments :

  • Terre : ancrage, stabilité, limites saines
  • Eau : fluidité, adaptation, émotions
  • Air : clarté mentale, communication, légèreté
  • Feu : énergie créatrice, passion, transformation

Ces méditations ajoutées aux autres pratiques de la formation, vous permettront de développer une meilleure compréhension de vos ressources intérieures et de vos capacités d’autorégulation.

prévention du burn out des soignants

Pourquoi développer une approche intégrative de la prévention du burn out

Pour agir à court terme :

  • Meilleure gestion du stress quotidien
  • Diminution des tensions corporelles
  • Clarté dans la prise de décision
  • Plaisir retrouvé au travail, grâce à la reconnexion à votre créativité unique

Et soutenir une transformation à long terme :

  • Révélation de votre signature thérapeutique unique
  • Relations patients plus équilibrées et authentiques
  • Énergie créatrice libérée dans vos soins
  • Équilibre durable entre tous les aspects de votre vie
  • Soutenir votre contribution à l’évolution globale du système de santé

Mise en pratique : par où commencer ?

Auto-évaluation rapide :

  1. Dans quelle posture du Triangle de Karpman vous reconnaissez-vous le plus ?
  2. Quelle est la phrase que vous répète le plus souvent votre critique intérieur ?
  3. Quel aspect de votre personnalité jugez-vous comme un “défaut” ?
  4. Quels sont vos premiers signaux corporels de fatigue ?

Première action concrète :

Choisissez UNE étape qui résonne le plus avec vous et expérimentez pendant une semaine. L’important n’est pas la perfection, mais l’expérimentation bienveillante. Et poser un pas après l’autre, à votre rythme.

Changer le paradigme de la prévention du burn-out

La prévention du burn-out ne consiste pas à “tenir le coup” ou à “mieux gérer le stress”. Il s’agit de transformer fondamentalement votre rapport au travail pour que votre profession devienne une source d’épanouissement et non d’épuisement.

Ma croyance profonde : Tout part de soi. En changeant votre monde intérieur, vous changerez votre façon d’exercer. Vous trouverez une posture plus soutenante autant de vos talents que de votre santé.

Cette approche permet de créer ce que j’appelle “l’autre voie” : exercer sa profession avec passion et excellence tout en préservant son équilibre. C’est possible, et vos patients en ont aussi besoin.

Pour aller plus loin

Cette méthode intégrative s’appuie sur :

– les travaux de Richard Schwartz (IFS), Hal et Sidra Stone (Voice Dialogue),

– et des pratiques d’auto-hypnose que j’ai développées lors de ma formation auprès de Russel Delman.

Si ces 7 étapes résonnent en vous et que vous ressentez l’appel de cette transformation, sachez qu’un changement profond est possible. L’épuisement professionnel n’est pas une fatalité, c’est le signal que votre être profond demande à s’exprimer différemment.

Aux professionnels qui souhaitent faire le premier pas avec l’apaisement et la reconnexion à vos valeurs profondes du soin, vous pouvez consulter le programme de la formation : de l’épuisement à l’apaisement.

Prenez soin de vous. Vous en valez la peine.