Vous êtes kinésithérapeute ou psychomotricien et vous cherchez à enrichir votre pratique en neuropédiatrie ? Vous vous sentez parfois limité face à certains enfants, notamment ceux présentant des troubles du développement sensori-moteur ou une paralysie cérébrale ? La méthode Feldenkrais appliquée à la kinésithérapie pédiatrique pourrait vous permettre d’enrichir votre pédagogie, votre analyse et vos outils pratiques en kinésithérapie pédiatrique sensori motrice.

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La Méthode Feldenkrais en Neuropédiatrie : Une Approche Complémentaire pour les Kinésithérapeutes et Psychomotriciens

Qu’est-ce que la méthode Feldenkrais appliquée à la neuropédiatrie ?

La méthode Feldenkrais n’est pas une approche thérapeutique en soi. Les praticiens Feldenkrais ne sont pas thérapeutes et ne se disent pas thérapeutes. Mais en tant que kinésithérapeute, j’ai découvert comment cette méthode peut considérablement enrichir notre pratique de rééducation pédiatrique.

Contrairement aux idées reçues, la méthode Feldenkrais ce n’est pas :

  • Simplement une gym douce
  • De la relaxation ou du bien-être
  • Uniquement des mouvements guidés verbalement

C’est en réalité :

  • Une pédagogie spécifique du mouvement
  • Un toucher très particulier (intégration fonctionnelle)
  • Une analyse fine des coordinations sensori-motrices
  • Un répertoire de mouvements et de guidages manuels

Prise de conscience par le mouvement : la clé de la méthode

Mosché Feldenkrais parlait de “prise de conscience par le mouvement” – et c’est volontaire qu’il ne disait pas simplement “prise de conscience du corps”. Son intention était plus large : en restaurant plus de liberté corporelle, il cherchait à soutenir la liberté globale des personnes.

Pourquoi intégrer la méthode Feldenkrais à votre pratique en kinésithérapie pédiatrique ?

 

 

Un changement de paradigme thérapeutique

Quand on sort de l’école de kiné, on a tendance à voir tout ce qui ne va pas chez un patient. Nos bilans répertorient les retards, les déficits, les dysfonctionnements. C’est important, mais la pédagogie Feldenkrais nous invite à un changement de regard fondamental.

Plutôt que de partir du déficit, on part du potentiel :

  • Qu’est-ce que l’enfant fait déjà ?
  • Comment s’organisent ses mouvements actuellement ?
  • Qu’est-ce qui demande à émerger ?
  • Quelle stimulation peut l’aider à passer à l’étape suivante ?

Par exemple, face à un enfant de 10 mois qui ne roule pas et ne s’assoit pas tout seul, je ne note pas simplement le retard des acquisitions motrices. Je cherche à comprendre son organisation motrice actuelle et ce qu’il est en train d’apprendre, indépendamment de son âge chronologique.

Du côté rééducateur au soutien des apprentissages

Être dans la rééducation et dans le soutien des apprentissages, ce n’est pas pareil. Avec un enfant qui ne s’assoit pas tout seul, on pourrait avoir tendance à lui faire répéter 10 fois les transferts, à faire à sa place pour qu’il apprenne. Avec la pédagogie Feldenkrais, on va bien au-delà.

Les trois apports majeurs de la méthode Feldenkrais pour les kinés et psychomotriciens

1. Une analyse du mouvement et des coordinations sensori-motrices

La méthode Feldenkrais enrichit considérablement notre capacité à analyser les schémas de mouvement. Si on utilise uniquement la boîte à outils technique – les guidages et les mouvements – sans la pédagogie, ce n’est plus du tout la méthode Feldenkrais.

L’analyse porte sur :

  • Les différentes coordinations entre la tête, le bassin, les membres
  • Les schémas préférentiels de mouvement
  • La variabilité (ou l’absence de variabilité) des coordinations
  • La régulation du tonus et de la vitesse

2. Une pédagogie qui transforme la relation thérapeutique

En Feldenkrais, on utilise le terme “leçon” plutôt que “séance”. Ce n’est pas anodin. Le praticien porte son attention sur les possibilités, pas sur les déficits. L’intention est claire : que les mouvements de la personne s’organisent mieux avec un minimum d’effort pour un maximum d’efficacité.

Cela signifie qu’avec la même force musculaire, sans renforcement spécifique, le patient arrive à améliorer la qualité de ses mouvements : transferts plus faciles, moins coûteux en énergie, meilleur équilibre, plus d’autonomie, meilleure régulation de la vitesse.

3. Un répertoire de techniques manuelles et de mouvements

La méthode Feldenkrais se transmet de deux manières :

  • L’intégration fonctionnelle : guidage manuel individuel
  • La prise de conscience par le mouvement : séances collectives guidées verbalement

Avec les nourrissons et en neuropédiatrie, j’utilise principalement le côté manuel, l’intégration fonctionnelle.

Applications concrètes en kinésithérapie neuropédiatrique

Travailler avec les schémas d’extension

J’ai longtemps eu un réflexe quasi automatique face aux nourrissons en schéma d’extension : inhiber, regrouper, enrouler. Mais la méthode Feldenkrais m’a appris quelque chose de fondamental : l’extension fonctionnelle du rachis est nécessaire.

Un enfant qui a des schémas réflexes en extension hyperactive manque souvent d’extension fonctionnelle du rachis. Pour en découvrir plus sur la différence entre l’extension fonctionnelle du rachis et l’extension réflexe vous pouvez consulter ces articles : 

Schémas hyperactifs en extension du nourrisson et kinésithérapie pédiatrique – Le Prisme Corporel

Le réflexe de Landau en kinésithérapie. – Le Prisme Corporel

Avant d’aller contre le schéma, avant de chercher à l’inhiber, on va toujours aller dans le sens du schéma.

Concrètement :

  • Avec un bébé en extension, on accompagne le mouvement en extension
  • On amène des variations dans son schéma par les guidages manuels
  • Petit à petit, il revient plus facilement en position neutre
  • Ensuite seulement, on amène plus de mobilité active sur le schéma de flexion

Analyser et enrichir les roulades sur le ventre

Pour un bébé qui ne roule pas sur le ventre, il faut d’abord comprendre pourquoi. Il existe de nombreux types de roulades différentes :

  • La tête qui tourne avant les épaules et le bassin
  • Le bras qui emmène le reste du corps
  • Le bébé qui roule bassin-tête aligné en bloc
  • Le bassin qui initie et le reste du corps qui suit

Un bébé qui va bien aura toute une richesse de mouvements et plusieurs manières de faire. Dès qu’il y a un schéma d’extension ou une asymétrie, il y aura moins de variabilité.

Notre démarche avec la méthode Feldenkrais :

  1. Observer les différentes coordinations possibles
  2. Aller dans le sens du schéma préférentiel
  3. Progressivement, amener des variations
  4. Travailler la régulation de la vitesse du mouvement
  5. Travailler sur la dissociation et l’isolement des parties du corps

Améliorer les transferts et l’assise

Pour aider un enfant à venir s’asseoir, on analyse finement les coordinations entre la tête et le bassin. Qu’est-ce qui gêne l’enfant ? Pourquoi le schéma ne s’améliore pas tout seul ? Pourquoi vient-il s’asseoir uniquement en W ?

On cherche à comprendre quelle coordination lui manque, quel schéma lui fait défaut, pour progressivement amener des variations et restaurer un équilibre.

Travailler la préhension et la régulation tonique

Pour la préhension comme pour l’écriture (dysgraphie), s’il y a des troubles de régulation tonique distale, il faut toujours revenir sur l’organisation de l’axe en proximal et sur toutes les réactions tonico-posturales.

La méthode Feldenkrais, tout comme Bobath, travaille beaucoup du proximal vers le distal pour la régulation du tonus. Cela ne signifie pas qu’on n’intervient pas en distal, mais qu’on revient toujours aussi sur la régulation du tonus axial, la mobilité du bassin, des omoplates, de l’axe dans les trois plans de l’espace.

La complémentarité avec les réflexes archaïques

Dans ma pratique, j’utilise les réflexes archaïques comme grille de lecture pour comprendre les différentes coordinations et immaturités sensori-motrices chez les patients. Mais les réflexes archaïques ne sont pas une méthode, c’est juste une grille d’analyse.

Dans le traitement, j’applique la méthode Feldenkrais.

Les réflexes m’aident à analyser ce qui se passe entre les yeux, la tête, le bassin, les membres supérieurs. Cette analyse me permet ensuite de choisir sur quelle coordination, sur quel guidage travailler avec la méthode Feldenkrais.

Par exemple, avec un enfant en paralysie cérébrale qui part en extension de coude avec le regard vers le haut et dont la tête et le buste partent très fort en arrière (réflexe tonique labyrinthique), je peux clairement identifier ce qui gêne ses préhensions et choisir le guidage approprié.

Les apports sur la sensorialité et la proprioception

L’importance de l’écoute corporelle

La pédagogie Feldenkrais accorde une place centrale à la proprioception. Avec les adultes, on consacre souvent les 10 premières minutes d’une séance à un temps d’écoute du corps : contacts avec le sol, respiration, volumes intérieurs.

Avec les enfants, je les interroge beaucoup : “Sur quelle partie du pied tu t’appuies ? Est-ce que c’est le talon qui touche en premier ou la pointe des pieds ?” Même s’ils ne savent pas répondre au début, ils apprennent très vite à dire “Je me sens plus lourd ou plus léger, c’est plus facile à droite ou à gauche.”

En Feldenkrais, on n’attend pas de réponses et il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Ce qui compte, c’est que l’enfant apprenne à sentir de lui-même.

La co-régulation avec les nourrissons

Avec les bébés, même si on ne leur pose pas de questions, le fait que nous soyons nous-mêmes à l’écoute de notre corps, de nos sensations et de leurs sensations contribue beaucoup à la co-régulation. Cette qualité d’écoute amène énormément aux nourrissons.

    La régulation du tonus : ni relaxation, ni hyperactivité

    La méthode Feldenkrais n’est pas une relaxation. C’est fondamental à comprendre. On ne cherche pas à ce que les enfants ou les adultes s’endorment sur les tapis. On cherche à ce qu’ils se détendent, mais détendre ne veut pas dire être absent.

    On vise un juste tonus : détendu mais tonique, en gardant un tonus de base, une vigilance de base.

    Comment soutenir ce juste tonus concrètement ?

    Par la régulation de la vitesse du mouvement. Les personnes tendues manquent souvent de cette régulation : c’est soit très vite, soit saccadé, sans possibilité de varier.

    Avec les enfants, je fais beaucoup ce jeu :

    1. “Tu sais faire très vite ? Montre-moi”
    2. “Maintenant, on va faire deux fois moins vite”
    3. “On va faire entre le très très vite et le moins vite”
    4. “On va jouer à varier”

    Quand l’enfant arrive à varier en gardant une bonne fluidité de mouvement, c’est là qu’on obtient une meilleure régulation du tonus global.

    La méthode Feldenkrais : un outil complémentaire, pas une substitution

    Je tiens à être très claire : la méthode Feldenkrais ne remplace rien. Elle ne remplace pas le renforcement musculaire, elle ne remplace pas le travail orienté sur la tâche, elle ne remplace pas les autres approches en kinésithérapie pédiatrique.

    Elle est toujours en complémentarité.

    Le renforcement musculaire pour les enfants avec paralysie cérébrale reste un élément hyper important de la prise en charge. Il y a un travail spécifique sur l’écriture qui est nécessaire pour la dysgraphie. Toutes les approches ont leur place.

    La méthode Feldenkrais vient enrichir notre boîte à outils thérapeutique en nous offrant :

    • Une pédagogie du mouvement unique
    • Une finesse d’analyse des coordinations
    • Des techniques manuelles spécifiques
    • Une approche centrée sur le potentiel et l’apprentissage

    Mon parcours : de la neurologie adulte à la neuropédiatrie

    Je suis kinésithérapeute depuis 2007 et je me suis formée à la méthode Feldenkrais pendant 8 ans en continu. Je ne suis pas praticienne Feldenkrais – je n’ai pas fait l’école de 4 ans – mais j’ai suivi deux cursus de 2 ans, un cursus de 3 ans, plus d’autres formations complémentaires.

    Au début, je travaillais surtout avec des adultes douloureux chroniques et en neurologie adulte avec cette méthode. J’ai également travaillé en centre de rééducation neurologique.

    Le tournant vers la pédiatrie est venu il y a 10 ans, avec la naissance de ma fille à 6 mois de grossesse. Elle a eu besoin de kinésithérapie et, connaissant déjà la méthode Feldenkrais, j’ai trouvé la kinésithérapie pédiatrique classique insuffisante.

    J’ai consulté plusieurs praticiens Feldenkrais pour ma fille et à chaque fois, je voyais un progrès immédiat après chaque séance. L’écart d’apport était énorme.

    La dernière praticienne que j’ai consultée, alors que ma fille avait 2 ans, était aussi formée aux réflexes archaïques. C’est elle qui m’a conseillé d’aller me former à l’IMP en Allemagne avec Jérémy Krauss, praticien Feldenkrais spécialisé en neuropédiatrie. J’ai fait 2 ans de formation uniquement en neuropédiatrie avec lui, après avoir déjà 6 ans de formation Feldenkrais.

    En parallèle, j’ai suivi des formations de kinésithérapie pédiatrique basique et un cursus avec l’IMP sur les réflexes archaïques. Ces formations sont extrêmement riches, mais avec les nourrissons en libéral, il me manquait quelque chose. C’est vraiment la méthode Feldenkrais qui m’a permis d’aller plus loin.

    Se former à la méthode Feldenkrais en neuropédiatrie

    Transférer la méthode Feldenkrais au tout petit et en neuropédiatrie demande beaucoup de pratique. Même avec la formation de Jérémy Krauss, il m’a fallu du temps pour vraiment l’intégrer.

    Aujourd’hui, je propose des formations pour les kinésithérapeutes et psychomotriciens qui souhaitent découvrir cette approche et enrichir leur pratique en neuropédiatrie. Ces formations combinent la méthode Feldenkrais et l’analyse par les réflexes archaïques.

    Pourquoi se former ?

    Parce que tant qu’on n’a pas expérimenté la méthode soi-même, c’est très difficile de comprendre en quoi elle consiste. Quand j’ai commencé, je pensais vraiment que c’était juste une simple gym. J’ai découvert la profondeur de cette approche après plusieurs weekends de pratique.

    La méthode Feldenkrais apporte une pédagogie spécifique qui, une fois comprise, se transfère à plein de domaines différents. Par exemple, je l’applique maintenant dans ma pratique d’hippothérapie.

    Respecter la volonté de l’enfant

    Un aspect fondamental de mon approche : je respecte la volonté de l’enfant. Si un enfant ne veut pas être touché, ne veut pas bouger, je ne travaille pas. C’est aussi pour ça que j’ai mis en place tout un environnement thérapeutique pour toujours trouver des chemins possibles de travail avec la volonté de l’enfant.

    Dans la grande majorité des cas, je travaille avec la volonté de l’enfant. Il arrive parfois, à certaines phases, que l’enfant soit opposant et qu’on fasse certains contrats, mais les enfants se sentent toujours respectés.

    En résumé : pourquoi intégrer la méthode Feldenkrais dans votre pratique ?

    La méthode Feldenkrais agit à la fois sur :

    • La perception du corps
    • L’organisation des différents schémas sensori-moteurs
    • La régulation tonique
    • L’équilibre et la proprioception
    • La qualité des coordinations motrices

    Elle apporte aux kinésithérapeutes et psychomotriciens :

    • Une pédagogie du mouvement centrée sur le potentiel
    • Une analyse fine des coordinations
    • Des techniques manuelles spécifiques
    • Un répertoire de mouvements
    • Une approche complémentaire pour aller plus loin avec les enfants

    Si vous êtes kinésithérapeute ou psychomotricien et que vous sentez que vous pourriez faire plus pour certains de vos jeunes patients, si vous êtes curieux d’enrichir votre pratique en neuropédiatrie, la méthode Feldenkrais associée à l’analyse par les réflexes archaïques pourrait transformer votre approche thérapeutique.

    Vous trouverez le programme des formations ici : 

    formation en kinésithérapie pédiatrique neuromotrice – Le Prisme Corporel


    Cet article est basé sur mon expérience de 8 ans de formation à la méthode Feldenkrais et plus de 17 ans de pratique en kinésithérapie, dont 10 ans en neuropédiatrie. Je propose des formations pour transmettre cette approche aux professionnels de santé qui souhaitent enrichir leur pratique et améliorer leurs compétences auprès des enfants avec neuro atypies.