Kinésithérapie du patient douloureux chronique : Etude de 3 cas clinique
La douleur chronique est l’un des motifs les plus courant rencontré en kinésithérapie libérale. Elle correspond à des patients très différents, reflétant des problématiques de santé très différentes autour d’une clinique commune : la douleur chronique. Dans cet article, nous explorons au travers de 3 cas clinique comment les différentes dimensions de la douleur chronique peuvent être intégrées dans le suivi kiné, prenant ainsi compte des multiples aspects physiologiques et comportementaux de la douleur. Les cas relatés ici sont inspirés de situations réelles, les prénoms et d’autres données personnelles du patient ont été modifiées afin de préserver l’anonymat de chacun d’entre eux.
Marion, 36 ans souffrant d’une cervicalgie chronique associées à des douleurs d’épaules
Marion vient me consulter dans un contexte de douleur chronique depuis X années, après X consultations chez l’ostéopathe et X séances de kinésithérapie.
Lors de son suivi kiné, Marion a reçu des massages et soins manuels qui la soulageaient, elle a aussi fait quelques étirements qu’elle pratiquait chez elle. MAIS, les douleurs persistent, surtout quand les séances de kinés s’arrêtent, et Marion a apprit à vivre avec. Elle travaille dans un restaurant, à un rythme très soutenu, heureusement alterner avec des vacances régulières. Mais ces pauses ne suffisent plus à restaurer un équilibre, les douleurs commencent aussi à l’empêcher de dormir. Elle a peur : peur que cela s’empire, et peur de ne plus trouver d’issue.
Au bilan postural, on retrouve une femme en surpoids, avec les épaules très enroulées, la tête en avant de son centre de gravité. Les genoux sont spontanément posés en récurvatum. Dans le plan frontal, un léger décalage de la ligne des épaules par rapport à celle du bassin. Dans la plan sagittal, pas de scoliose (confirmée par les radios) mais une rotation préférentielle du bassin vers la droite, avec d’ailleurs un appui préférentiel à droite. C’est l’épaule droite qui est la plus douloureuse, même si la gauche ne reste pas silencieuse.
A l’interrogatoire, j’ai noté que Marion serrait des dents la nuit, et qu’elle présentait une addiction au sucre, au tabac et au café.
Je vais m’arrêter ici dans ces premiers éléments de bilan, vous comprendrez qu’il reflète déjà plusieurs dimensions de la douleur chronique :
– Les facteurs alimentaires influençant une inflammation chronique de l’organisme et entrenant le surpoids (surtout pour l’addiction au sucre)
– Les facteurs comportementaux : Marion a appris à encaisser, et ne pas écouter sa douleur. Ecouter sa douleur voudrait dire pour elle ne rien faire. La notion d’écoute du corps est très binaire avec soit j’ai mal ou soit je n’ai pas mal. Sans nuances possibles perçues entre les deux. La douleur étant ainsi pour cette jeune femme le seul signal d’alerte perçu pour amener son attention sur la fatigue, ou sur une position inadaptée. Ces facteurs comportementaux sont aussi en lien avec les facteurs sensoriels.
– Les facteurs sensoriels / émotionnels : Marion a appris à se couper de ses sensations. Ne pas ressentir la fatigue pour continuer de travailler, ne pas ressentir les frustrations pour rester poli et continuer de faire son service… Quand on lui demande comme se sent son corps, ses uniques réponses sont : ça va ou ça ne va pas. Elle ne perçoit pas les signes de détentes ou de crispations subtiles, elle n’a pas conscience de l’alignement ou du désalignement de sa colonne. La suite des tests du bilan révèleront d’ailleurs un manque de conscience de la mobilité du bassin. Son corps est perçu comme un outil de travail, elle n’a pas appris à accorder de l’importance à ses sensations.
– Les facteurs mécaniques : le surpoids, la posture, ses positions de travail, le bruxisme qui entretient les tensions
– Les autres facteurs : manque de sommeil, la sédentarité, que voyez vous d’autres?
Maintenant, j’ai des questions pour vous : Comment aborderiez vous chacune de ses dimensions? Cela ne veut pas dire que vous pourrez vous-même tout soigner. Mais tout aborder oui, et amener une nouvelle compréhension, OUI.
Dans la formation, kinésithérapie neuromotrice du patient douloureux chronique nous voyons comment intégrer toutes les dimensions de la douleur chronique dans nos prises en charge, comment parler à chacun de nos patients, et comment grâce à la méthode Feldenkrais et aux réflexes archaïques agir sur les composantes comportementales, sensorielles, et mécaniques de la douleur chronique.
Pour mieux comprendre l’intérêt de la méthode Feldenkrais auprès du patient douloureux chronique vous pouvez consulter cet article.
Pour comprendre l’intérêt des réflexes archaïques je vous laisse regarder cette vidéo, sachant qu’il existe d’ailleurs un réflexe en particulier en lien avec le bruxisme qui est présenté dans la formation (mais pas dans cette vidéo qui vous en présente d’autres).
Thibault 52 ans, douleur lombaire chronique
Thibault est venu me consulter après avoir quitté son salaria en tant que comptable d’une grande entreprise. Séparé depuis 1 an (de sa femme avec qui il a eut des enfants), il vit une période de dépression et remet beaucoup d’aspects de sa vie en question. Il a bien sur en tant que comptable travaillé toute sa carrière assise. Il faisait du sport en salle et de la course à pied qu’il a dut arrêter à cause de ses douleurs. Il souhaiterait reprendre.
Pour Thilbault, j’ai principalement relevé des différents éléments :
– Le facteur émotionnel lié à sa période de dépression mais qui ne suffit pas à lui seul à expliquer ses douleurs
– des facteurs viscéraux, pour lesquels il faudra réaliser en thérapie manuelle mais aussi un travail sur la respiration, et sur l’alimentation.
– des facteurs mécaniques avec l’excès de position assise, un manque de mobilité lombaire globale mais aussi thoracique, un manque de dissociation de la mobilité de hanche de celle du bassin. Une attitude en cyphose globale en position assise. Le sternum paraît affaissé, en lien avec la posture psychologique, mais aussi en lien avec un manque de conscience de toutes les mobilités respiratoires.
– Au niveau de son comportement Thibault n’a pas l’air enfermé dans le cercle vicieux de la douleur, il demande à se remettre en mouvement en ayant conscience qu’il a besoin d’apprendre à écouter son corps pour que son corps trouve lui même sa manière de bouger qui respecte son intégrité.
Dans la formation kinésithérapie neuromotrice du patient douloureux chronique, je consacre un module entier sur la respiration : comment éveiller la conscience sur les différentes mobilités respiratoires, comment apprendre à nos patients à utiliser la respiration comme un moyen simple et accessible à tout moment pour réguler la posture, le tonus, et parfois même nos émotions. Voici un exemple d’exercice parmi tant d’autres, qui vous permettra de comprendre la pédagogie développée dans mes formations
Justine, 30 ans souffrant d’une endométriose et fibromyalgie
Justine est sans emploi, elle ne trouve plus de repos à ses douleurs. Jour et nuit, assise, et debout, ses douleurs envahissent son quotidien partout, tout le temps. Pourtant, c’est une ancienne sportive, et consciente de son corps (même je ne dirais pas forcément “à l’écoute”). Elle a pratiqué son sport à haut niveau, avec une grande quête de performance. Ce sont ses douleurs qui l’ont arrêtée.
Pour Justine, je vous inviterai à lire mon article sur l’endométriose.
Mais je vous parlerai aussi de son passé de violence :
– violence sexuelle pendant son enfance
– violence sexuelle et psychique récente avec sa précédente relation amoureuse
– violence envers elle-même avec tous les jugements qu’elle porte sur son corps, ses choix de vie, et ce qu’elle juge “son inutilité”.
Avant de vous dire ce que je pense de la prise en charge kiné, je tiens à préciser même si vous vous en doutez que notre métier ne sera pas suffisant pour répondre à ses besoins. Justine est d’ailleurs suivie en parallèle par le centre anti douleur et la psychologue du CMP.
Comment je travaille auprès de cette jeune femme :
– en commençant par lui proposer des pratiques corporelles qui l’aident à sentir son corps même quand il va bien. En mettant l’accent sur les parties du corps confortables, pour lui permettre de contacter des ressources intérieures même quand la douleur est là.
– En lui proposant des pratiques pour éveiller l’ensemble de sa sensorialité, pour l’aider à renouer contact et à apprivoiser sa sensibilité, sa relation à son corps. Même si Justine était sportive, elle vivait jusque là dans un état dissociatif, étant peu à l’écoute de la présence de ses émotions dans son corps. Cet état est très souvent présent chez les personnes avec un grand passé de violence. Et cela demande du temps, de la patiente, et beaucoup de douceur pour apprendre à ré investir ce corps qui a été violé, envahit, tapé, par d’autres personnes. Les pratiques corporelles que nous avons à notre disposition en tant que kiné sont d’un grand recours pour ces personnes. En leur offrant un cadre de sécurité, avec des pratiques respectueuses de leur rythme et de leur sensibilité, nous leur permettons de redécouvrir leur corps autrement que par la douleur ou le dénie.
– en la guidant progressivement vers la redécouverte de mouvements qui parfois soulagent la douleur ou qui au moins de l’aggravent pas.
– en intégrant tous les autres aspects dont je vous parle sur l’endométriose.
Pour illustrer ma philosophie du soin auprès de ces personnes, je vous propose de regarder ces vidéos qui illustrent tout ce que vous approfondirez dans ma formation : kinésithérapie neuromotrice du patient douloureux chronique.
A l’issue de ces 3 cas clinique, j’espère que vous comprendrez toute la richesse et la subtilité des approches que je transmets dans mes formations et que je souhaite à ces patients de recevoir. Parce que j’entends encore trop souvent “c’est psychologique” alors que de nombreux facteurs physiologiques ont été négligés. Par ce que j’entends aussi trop de mépris lorsque les facteurs psychologiques sont réellement très présents. Ces patients peuvent effectivement éveiller en nous un sentiment d’impuissance, parce qu’il s’agit de prise en charge longue et complexe. Mais ils ont autant besoin d’une attitude bienveillante que d’une réelle expertise clinique et technique. Voilà pourquoi j’ai choisi de développer ce cursus de formation sur la douleur chronique : pour aborder autant les aspects techniques que relationnels dans ces suivis. N’hésitez pas à continuer de parcourir mon site internet pour en découvrir plus sur mes approches et ma philosophie.