Rôle de l’inflammation chronique de l’organisme dans la douleur chronique?
La douleur chronique est un motif de consultation très courant en cabinet libéral de masso-Kinésithérapie. Elle concerne beaucoup de patients, à différents âges, avec pathologies chroniques ou non. Nous explorerons dans cet article pourquoi travailler seulement les aspects mécaniques de la douleur sera insuffisant pour mieux soulager ces patients.
Les différentes dimensions de la douleur chronique
Si une douleur aigüe fait souvent suite à une lésion tissulaire, les mécanismes de la chronicité de la douleur sont beaucoup plus complexes et pas toujours corrélés aux différents états tissulaires. Il existe par exemple certaines personnes avec de l’arthrose évoluée, ou des hernies discales ou des lésions tendineuses qui ne présentent aucune douleur. Selon l’état des recherches actuelles, la douleur chronique résulterait plus des inter actions existantes entre le système nerveux et le système immunitaire, amplifiant le vécu de la douleur (1).
Pour agir sur la douleur chronique, cela demanderait donc de pourvoir agir sur :
– le système nerveux et la sensorialité
– le système immunitaire
– bien entendu toujours sur les facteurs mécaniques de la douleur (posture, mouvement, respiration…)
– les facteurs émotionnels et comportementaux de la douleur chronique.
Mais prenons un peu plus le temps d’explorer cette dimension inflammatoire de la douleur chronique.
Les effets de l’inflammation chronique sur l’organisme
L’inflammation chronique et la perception de la douleur.
Lorsque la douleur devient chronique, on observe plusieurs phénomènes immunitaires et neurologiques. Le système immunitaire a la capacité d’inhiber ou d’amplifier la sensation douloureuse en agissant sur la conduction des voies douloureuses (2). Le système neurosensoriel a quant à lieu la capacité d’activer le système immunitaire qui engendre une réaction inflammatoire nommée “neuro inflammation”.
Ainsi : “la douleur chronique relève plutôt d’une activité inappropriée du système neurosensoriel dans laquelle le système immunitaire prend un rôle important. Ces concepts physiopathologiques ont permis d’élaborer une nouvelle classification des douleurs, très utile pour la pratique clinique, avec trois grands types de douleurs : les douleurs nociceptives, les douleurs neuropathiques, et les douleurs nociplastiques.” (2)
La douleur nociceptive est provoquée par une lésion tissulaire (3)
La douleur neuropathique est provoquée par un dys fonctionnement des voies neurologiques. Un questionnaire spécifique permet de l’identifier (4)
La douleur nociplastique est celle qui nous intéresse particulièrement pour cet article : c’est elle qui résulte du dys fonctionnement du système immunitaire et neuro sensorielle. Une perception non douloureuse devient douloureuse (5).
L’inflammation chronique et le vieillissement tissulaire prématuré
L’inflammation chronique de l’organisme joue un rôle essentiel dans l’accélération du vieillissement des différentes structures musculo squelettiques. En limitant la migration et la mobilisation des cellules régénératrices, elle empêche un processus naturel d’auto régénération que nous possédons tous. Vous pouvez consultez cet article pour en découvrir plus sur ce processus étonnant :
Traynard, V. (2021). L’inflammation chronique perturbe la mobilisation et la migration des cellules souches, altérant le fonctionnement de notre système naturel de réparation et de renouvellement : nouvelle approche thérapeutique complémentaire et combinée dans la prise en charge de maladies chroniques inflammatoires ? Hegel, 1(1), 37-48. https://doi.org/10.3917/heg.111.0037.
L’inflammation chronique et certaines pathologies inflammatoires
L’inflammation chronique de l’organisme peut se répercuter selon les fragilités propres à chacun sur différents systèmes :
– Cardio vasculaire
– Respiratoire
– Ostéo articulaires
– Musculo tendineux
– Neurologique
– Digestive
Mais quelle que soit la localisation de l’inflammation, elle est toujours en lien avec une perturbation du système immunitaire. Ce processus auto immun est impliqué dans différentes maladies telles que le psoriasis, la poly arthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn ou la maladie Coeliaque.
Le rôle du kinésithérapeute pour contribuer à mieux réguler cette inflammation chronique de l’organisme
Le rôle du kinésithérapeute auprès de ces patients douloureux chronique sera en premier d’évaluer le type de douleur et d’informer le patient. Car selon le type de douleur, les moyens utilisés seront différents.
Dans le cas de la douleur nociceptive, qui concerne souvent les douleurs aigues, il conviendra d’associer des traitements locaux facilitant la réparation tissulaire et le soulagement du patient à des traitement plus globaux pour rétablir et préserver l’équilibre du tonus et de la motricité.
Dans le cas de la douleur neuropathique, il existe également des traitements spécifiques à ces douleurs, en fonction de sa localisation.
Et dans le cas de la douleur nociplastique résultant d’une inflammation chronique de l’organisme, il conviendra de traiter toutes les dimensions de la douleur chronique citée en introduction de l’article.
Le kinésithérapeute devra alors informer le patient sur tous les facteurs influençant l’inflammation chronique de l’organisme :
– le stress avec la sécrétion accrue de cortisol ( doi:10.1001/jama.2018.7028)
– l’hygiène de vie et l’alimentation
– La régulation du système neuro végétatif et les pratiques la favorisant (en activant le nerf vague)
– la sédentarité
– et tous les facteurs mécaniques habituels que nous connaissons en kiné.
L’accompagnement des parents pour faciliter leur implication dans le suivi de kinésithérapie
Seulement, informer nos patients ne suffit pas pour soutenir un réel changement. Car la douleur chronique vient souvent mettre l’accent sur des habitudes de vie à faire évoluer :
– une consommation excessive de sucre ou de laitage
– la sédentarité
– ou au contraire le sur menage chronique
ECT…
Même si nous n’avons pas les compétences pour agir sur tous les plans de la douleur chronique, en tant que kinésithérapeute notre posture professionnelle aura une grande influence sur l’implication des patients dans leur traitement. Il existe notamment des pratiques de langage reconnues scientifiquement comme le dialogue motivationnel pour soutenir la motivation intrinsèque du patient. Car tout l’enjeu est là, comment mettre en place un cadre thérapeutique qui permette au patient de connecter ses propres ressources au changement ? Pour ne pas avoir à subir les différentes propositions thérapeutiques et se retrouver par la suite dans la posture du bon ou du mauvais élève.
Si l’entretien motivationnel vous intéresse, je vous invite à consulter le livre de Thierry Blain : “l’entretien motivationnel en Kinésithérapie”. Je précise que je n’ai aucun lien d’intérêt.
Au delà de son rôle d’information, le kinésithérapeute possède plusieurs outils pour agir directement sur la régulation de cette inflammation chronique :
– En proposant une remise en mouvement adaptée au processus de chacun
– En investissant la dimension sensorielle du corps, permettant au patient d’éveiller tous ses sens pour nourrir le cerveau de vécu sensoriel agréable même si la douleur persiste ( cf vidéo You tube)
– En proposant des pratiques sur la respiration, qui activent elles-mêmes une régulation du système neuro végétatif et une diminution de sécrétion de cortisol.
– En abordant la dimension émotionnelle tout en restant à sa place de kiné (cf vidéo You tube)
Enfin, le kinésithérapeute aura aussi un grand rôle dans leur ré orientation de ces patients douloureux chroniques.
La pluridisciplinarité au service du patient douloureux chronique
Au regard de toutes les dimensions de la douleur chronique, il est important de comprendre le rôle et la complémentarité de chacun. Je pense même que dans le long parcourt de ces patients, il serait souhaitable de travailler en lien avec d’autres kinésithérapeutes aux compétences complémentaires. La pluridisciplinarité est souvent nécessaire, avec l’intervention de professionnels :
– spécialisés en micro-nutrition,
– médicaux avec souvent des examens complémentaires à poursuivre avec des diagnostique tardifs qui vont apparaître (intoxication aux métaux lourds, parasytes, maladie immunitaire…)
– psychothérapeutes pour les personnes dont les douleurs chroniques réveilleront des maltraitances vécues dans l’enfance
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