d’enfantsLes réflexes archaïques et la paralysie cérébrale : une approche sensori motrice de cette rééducation

 

Lorsqu’on entend parler de paralysie cérébrale, c’est souvent en termes de limitations physiques évidentes. Pourtant, derrière chaque mouvement se cache une complexité insoupçonnée, une toile de schémas sensori moteurs qui dépendent de la maturation des réflexes archaïques. Loin d’être résolue dans les premiers mois de la vie, cette motricité réflexe persiste chez les personnes vivant avec une paralysie cérébrale, impactant la motricité quotidienne. Dans cet article, je vous invite à découvrir comment l’observation minutieuse de ces réflexes peut contribuer à une rééducation plus précise et pertinente pour les patients atteints de paralysie cérébrale. Nous plongerons dans la manière dont la compréhension de ces réflexes, bien qu’ils ne constituent pas une méthode en soi, offre une voie complémentaire et essentielle pour l’intégration sensori-motrice, améliorant ainsi la fonction globale chez les enfants comme chez les adultes.

 

Comprendre le rôle des réflexes archaïques dans la paralysie cérébrale

 

La paralysie cérébrale, première cause de handicap moteur chez l’enfant en France, touche environ quatre naissances par jour et concerne 17 millions de personnes dans le monde. Ce trouble neurologique, résultant de lésions du système nerveux central, se manifeste par des difficultés motrices, sensorielles et cognitives variables. Pour mieux accompagner ces patients, l’observation et la compréhension des réflexes archaïques offrent une perspective essentielle, souvent méconnue mais particulièrement pertinente pour préciser l’orientation de nos choix et objectifs thérapeutiques. Pour en savoir plus sur l’approche sensori motrices que je partage dans mes formations, je vous invite à parcourir mon blog. Vous y découvrirez la présentation de plusieurs réflexes archaïques tels que le réflexe tonique labyrinthique ou le réflexe de Pérez souvent hyper actif auprès de ce public atteint de paralysie cérébrale.

 

Qu’est-ce que les réflexes archaïques ?

 

Les réflexes archaïques ne constituent pas une méthode en soi,  il s’agit “juste” de réflexes qui se développent pendant la période intra utérine et dont l’activité disparaît pour la plus part d’entre eux au cours des premiers mois de vie de l’enfant. Chez un nourrisson au développement typique, ces réflexes disparaissent progressivement grâce à la maturation neurologique et au développement de la motricité volontaire. Le réflexe tonique asymétrique du cou et le réflexe de Moro, par exemple, s’estompent normalement vers quatre mois.

Cependant, chez les enfants atteints de paralysie cérébrale, ces réflexes persistent et peuvent parasiter le développement moteur. Le schéma en extension du nourrisson sera souvent plus actif chez ces enfants, ayant ensuite d’autres conséquences sur l’intégration des autres réflexes archaïques.

Cette persistance des réflexes peut perturber l’acquisition de compétences motrices fondamentales comme la préhension, l’équilibre ou la marche.

Les atteintes motrices de la paralysie cérébrale

La paralysie cérébrale se présente sous différentes formes cliniques : diplégie, quadriplégie, monoparésie ou tétraplégie. Les atteintes peuvent être spastiques, dystoniques, ataxiques ou mixtes. Un élément commun est souvent l’hypotonie axiale, qui peut coexister avec des hypertonies périphériques.

Les troubles de la commande motrice volontaire, les difficultés de coordination et les parésies sont fréquents. Avec le temps, ces anomalies entraînent des modifications de la structure musculaire, une réduction de la contractilité et une diminution de la force, créant des répercussions fonctionnelles et orthopédiques importantes.

 

L’observation des réflexes archaïques pour adapter la rééducation

 

Une approche complémentaire, non exclusive

 

L’observation des réflexes archaïques s’inscrit dans une approche globale de la rééducation. Elle ne remplace pas les autres méthodes mais les complète. La rééducation orientée sur la tâche ou sur le renforcement musculaire n’apportent pas les mêmes bénéfices que la rééducation sensori motrice, ces approches doivent être associées pour optimiser les résultats de la rééducation fonctionnelle. Pour explorer mes formations sur ces approches, visitez notre page de formations.

Cette vision intégrative permet d’adapter la rééducation en fonction des schémas moteurs persistants. Par exemple, un enfant qui présente un réflexe tonique labyrinthique non intégré aura des difficultés à dissocier les mouvements de sa tête de ceux de son tronc, ce qui influencera directement sa capacité à s’asseoir, à se tenir debout ou à saisir des objets.

 

L’identification des schémas prioritaires

 

L’un des grands avantages de cette approche est l’identification de schémas prioritaires. Pendant les séjours thérapeutiques que je propose, je choisis un schéma prioritaire à travailler pendant une semaine. Cette méthode permet de cibler précisément les blocages qui empêchent la progression de l’enfant, et dont la maturation aura des répercussions sur plusieurs aspects fonctionnels.

Pour un nourrisson comme Cassandra (3 mois), présentant des poussées adductus bilatérales et des lésions cérébrales, le travail se concentre sur “l’axe dans les trois plans de l’espace” pour réguler le tonus postural. Cette vision tridimensionnelle du mouvement aide à intégrer les schémas d’extension trop présents chez ces enfants. L’allongement de la chaîne postérieure contribuera à réguler l’activité des réflexes archaïques, mais cette détente du schéma hyper actif en extension ne pourra être optimum qu’en travaillant aussi sur le plan de l’inclinaison et de la rotation.

De la même manière, pour activer un redressement actif fonctionnel de la colonne vertébrale, il ne sera pas suffisant de travailler seulement l’extension active (qui est souvent déficitaire chez ces enfants avec hypotonie). Le travaille dans le plan de l’inclinaison et de la rotation contribuera à une régulation du schéma hyper actif en extension ET à une extension fonctionnelle du rachis. Pour mieux comprendre ce lien et les différences entre schéma hyper actif en extension et extension fonctionnelle du rachis je vous invite à parcourir ces deux articles :

Schémas hyperactifs en extension du nourrisson et kinésithérapie pédiatrique – Le Prisme Corporel

Le réflexe de Landau en kinésithérapie. – Le Prisme Corporel

 

Des cas cliniques d’enfants atteint de paralysie cérébrale

 

Théo, 3 ans : intégrer l’hémicorps droit

 

Le cas de Théo, un enfant de 3 ans présentant une hémiparésie à droite, illustre parfaitement l’apport de cette approche. Malgré une bonne prise en charge antérieure et plusieurs stages intensifs (de différentes méthodes) qui lui ont étés très bénéfiques, Théo gardait sa main droite constamment fermée pendant la marche et son bras droit en retrait.

Le travail s’est concentré sur deux schémas prioritaires : le réflexe tonique symétrique du cou et le retournement segmentaire. Le renforcement de la position à quatre pattes a permis d’améliorer la coactivation des muscles fléchisseurs et extenseurs, tandis que le travail sur le retournement segmentaire a favorisé la coordination entre les rotations de la tête, des épaules et du bassin, pour favoriser une antépulsion de l’omoplate et une anté position du l’hémi bassin droit.

En une semaine, Théo a réussi à maintenir son 4 pattes les deux mains ouvertes, et sa main droite c’est ouverte à la marche (mais pas à la course). À son retour chez lui, il a réussi pour la première fois à ouvrir seul un pot de yaourt – une avancée concrète témoignant de la régulation du schéma de rétroposition de son hémicorps droit. Cet ajustement postural a ainsi eut des répercussions sur sa régulation tonique en distale mais aussi sur son équilibre debout.

Je précise bien sur que le partage de ces conclusions est bien sur soumis à mon interprétation des résultats, qui reflètent les principes fondamentaux utilisés avec la méthode Bobath et Feldenkrais : dans ces deux méthodes nous agissons sur la régulation tonique en proximal pour agir en distal.

Léa, 5 ans : dépasser les limitations posturales

 

Léa, une fillette de 5 ans atteinte de quadriplégie spastique, présentait un obstacle majeur : l’impossibilité de s’asseoir seule, sa tête partant systématiquement en arrière. En position debout, ses genoux fléchissaient involontairement lorsqu’elle regardait ses pieds, et elle n’arrivait pas à se mettre à quatre pattes.

L’intégration du réflexe tonique labyrinthique a été le point de déblocage pour Léa. Ce réflexe, qui lie les mouvements de la tête à ceux du tronc et des membres, l’empêchait de dissocier la flexion de la flexion nuque de la flexion du tronc et de la flexion des membres.

En seulement trois jours de travail ciblé, les progrès ont été impressionnants : Léa pouvait se tenir à 4 pattes sur une planche à roulette, avec une extension de la nuque et une flexion des membres inférieurs. Trois semaines après le séjour, Léa pouvait s’asseoir seule, avait amélioré son alternance des membres inférieurs pour une marche plus fonctionnelle, et avait même commencé à se déplacer à quatre pattes avec un soutien ventral. La maturation de ce schéma a aussi eut des répercussions sur ses préhensions, en lui permettant de pouvoir allonger ses membres supérieurs sans jeter la tête en arrière.

L’adaptation pour les enfants atteints de polyhandicap

 

Pour Léandre, 2 ans, atteint de quadriplégie avec polyhandicap et déficience intellectuelle sévère, l’approche a été adaptée pour tenir compte de ses capacités limitées de participation active. L’intervention s’est davantage appuyée sur la stimulation tactile et les jeux sensoriels.

En prenant l’un des objectifs de rééducation qui est le travail du port de la tête non encore acquis, L’observation des réflexes archaïques a permis d’identifier quels groupes musculaires restent hyper ou hypo actifs, quelles stimulations sensorielles (tactiles / visuelles / vestibulaires / sonore) continuent d’entretenir les déséquilibres toniques de l’enfant. La connaissance des réflexes archaïques permet ainsi d’agir sur les plans sensoriels ET moteurs pour faciliter une maturation des différentes fonctions motrices, même chez cet enfant aux limitations plus importantes.

La rééducation sensori-motrice : un élément clé

 

Une des dimensions fondamentales de cette approche est l’intégration sensori-motrice. Lors de la rééducation, le travail ne se limite pas aux aspects purement moteurs mais prend en compte le traitement de l’information sensorielle.

 

L’impact sur le traitement sensoriel

 

L’intégration des réflexes archaïques aide l’enfant à mieux traiter ses informations sensorielles. Par exemple, pour un enfant présentant un réflexe de Perez hyperactif, chaque stimulation tactile le long de la colonne vertébrale déclenche une extension involontaire du corps. En travaillant sur ce réflexe, l’enfant apprend à dissocier une stimulation tactile d’une réponse motrice stéréotypée.

Cette approche bénéficie également aux enfants hypersensibles au niveau tactile ou vestibulaire. En régulant ces réflexes, on leur permet de traiter l’information sensorielle de manière plus adaptée, réduisant ainsi l’hyperréactivité qui limite souvent leurs interactions avec l’environnement.

La régulation tonique proximale et distale

 

Pour un enfant qui a un schéma hyperactif en extension, le fait de travailler sur la maturation de son tonus proximal va également aider à une régulation tonique en distal.

Cette observation clinique est frappante : des enfants qui, après une semaine de travail sur les schémas d’extension au niveau de l’axe, montrent une réduction significative de la spasticité périphérique. Leurs mains s’ouvrent plus facilement et leurs pieds sont moins agrippés, bien que le travail se soit concentré principalement sur la région proximale.

Cette approche reconnaît la bidirectionnalité des influences toniques : je ne dis pas qu’il faut tout le temps faire du proximal vers le distal ; l’inverse fonctionne aussi parfois. On travaille en distal et cela va également aider le proximal à mûrir.

 

L’adaptation des approches en fonction des besoins individuels

 

En séjour intensif ou en séance individuelle 

 

Ces pratiques peuvent très bien s’intégrer aux suivis hebdomadaires de ces enfants comme dans le cadre de stage de rééducation intensive. 

 

Les théories d’apprentissage moteur et leur intégration

 

Diversité des approches d’apprentissage

 

La rééducation sensori-motrice s’inscrit dans un cadre plus large de théories sur l’apprentissage moteur.

Certaines théories incluent l’apprentissage cognitif, particulièrement adapté aux adultes et aux grands enfants, où la compréhension intellectuelle du mouvement permet d’améliorer le geste. Pour les nourrissons ou les enfants polyhandicapés, d’autres approches sont privilégiées, comme l’apprentissage par l’expérience, incluant la maturation et le traitement de l’information sensorielle.

Cet apprentissage cognitive, fondé sur la théorie dite “prédictive” de l’apprentissage moteur est bénéfique pour certains âges, mais est selon moi toujours complémentaire d’un apprentissage plus somatique basé sur l’expérience sensori-motrice. Toute la théorie de la méthode Feldenkrais se fonde sur ce type d’apprentissage plus organique, qui ne dépend pas de l’intellect mais de la capacité de notre à cerveau, à tout âge, à sélectionner les schémas sensori moteurs qui lui paraissent les plus ajustés aux différentes situations (sans passer par le contrôle intellectuel du mouvement).

Ce second type d’apprentissage est le seul présent chez le nourrisson et l’enfant avec poly handicap. Et nous avons tendance à oublier qu’il continue d’exister chez les plus grands. Je vous écrirais prochainement à nouvel article pour mieux vous expliquer des différents modes d’apprentissage.

 

La rééducation basée sur l’observation des réflexes archaïques offre une perspective précieuse dans la prise en charge des enfants atteints de paralysie cérébrale. Loin d’être une méthode miracle, elle s’inscrit dans une démarche globale, complémentaire aux autres approches thérapeutiques. Son efficacité réside dans sa capacité à cibler les schémas sensori-moteurs prioritaires, permettant des déblocages fonctionnels parfois étonnant, même chez des enfants ayant déjà bénéficié d’autres formes de rééducation intensive. En ciblant les schémas sensori-moteurs prioritaires, il est possible d’obtenir des progrès significatifs, même dans des cas complexes. Pour aller plus loin et découvrir d’autres ressources sur cette approche holistique, je vous invite à visiter mon site internet ou à explorer mes formations pour enrichir vos connaissances.