Le sport est aujourd’hui largement recommandé comme appui non-médicamenteux pour les enfants présentant un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Mais une question revient sans cesse chez les parents et les professionnels qui les accompagnent : quel type d’activité physique choisir, et avec quelles attentes réalistes ?
Cet article fait le point sur ce que disent les publications scientifiques sérieuses sur le sujet, puis propose un éclairage complémentaire, souvent moins connu : celui de l’observation sensorimotrice fine, à partir de l’observation des immaturités des réflexes archaïques, qui peuvent aider à comprendre pourquoi certains enfants peinent à tirer bénéfice d’une activité sportive standard.
TDAH et activité physique : quel sport choisir, et pourquoi le mouvement seul ne suffit pas toujours
Ce que montrent les méta-analyses scientifiques sur le choix du sport auprès d’un enfant avec TDAH
Plusieurs méta-analyses publiées ces dernières années, recensées sur PubMed, convergent vers un effet positif de l’activité physique sur les enfants TDAH — à la fois sur les symptômes cardinaux du trouble et sur les fonctions exécutives (mémoire de travail, contrôle inhibiteur, flexibilité cognitive).
Une méta-analyse portant sur 15 essais randomisés contrôlés et 734 enfants a ainsi montré que l’exercice physique améliore l’attention des enfants TDAH, leur fonction exécutive ainsi que leurs compétences motrices, avec des tailles d’effet statistiquement significatives.
Une autre méta-analyse, regroupant 24 études et 914 participants, a précisé ces résultats : les interventions d’activité physique amélioraient le contrôle inhibiteur, la mémoire de travail et la flexibilité cognitive chez les enfants et adolescents TDAH. Fait important, cette même analyse a mis en évidence un effet modérateur de l’intensité de l’intervention, du type d’habileté motrice sollicitée, du nombre de séances et du volume hebdomadaire d’exercice sur les fonctions exécutives. En clair : ce n’est pas juste « faire du sport » qui compte, mais comment et combien.
Une méta-analyse plus récente, publiée en 2025 dans BMC Public Health et portant sur 16 essais randomisés, va dans le même sens en précisant que les exercices cognitivement engageants sont les plus efficaces, avec des résultats modulés par la durée, la fréquence et la longueur de l’intervention. C’est un argument scientifique en faveur des sports qui demandent de réagir à un environnement changeant (sports collectifs, sports de raquette, activités nécessitant adaptation et anticipation) plutôt que des mouvements répétitifs et prévisibles.
Enfin, une revue systématique avec méta-analyse en réseau portant sur 59 études et 1757 enfants et adolescents conclut que l’exercice physique peut être recommandé comme stratégie thérapeutique non-pharmacologique importante dans la prise en charge du TDAH.
Ce que ces données ne disent pas
Il est important de garder une lecture nuancée de ces résultats, par honnêteté scientifique autant que par respect pour les familles que nous accompagnons :
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Les effets mesurés sont des moyennes de groupe : ils ne garantissent pas qu’un enfant donné, avec son profil propre, en tirera le même bénéfice.
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Les protocoles varient beaucoup d’une étude à l’autre (durée, intensité, type d’exercice), ce qui rend difficile la formulation de recommandations universelles du type « tel sport, telle durée, pour tous ».
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L’activité physique constitue un appui complémentaire, pas un traitement de substitution à une évaluation et un accompagnement adaptés à chaque enfant.
Le TDAH et atypies sensorielles : les comprendre pour mieux choisir le sport
Avant d’aborder la piste des réflexes archaïques, il est utile de s’arrêter sur un autre aspect du TDAH, encore trop peu connu : ses liens avec des particularités du traitement sensoriel.
Une étude française menée dans le cadre de la cohorte ELENA, publiée dans European Child & Adolescent Psychiatry, a comparé le traitement sensoriel chez 120 enfants répartis en quatre groupes : TSA isolé, TSA associé à un TDAH, TDAH isolé, et développement typique. Les résultats montrent que le traitement sensoriel atypique était significativement plus fréquent dans les trois premiers groupes par rapport au groupe d’enfants au développement typique, et que ce traitement sensoriel atypique était tout aussi fréquent chez les enfants présentant un TDAH isolé que chez ceux présentant un TSA.
Une revue systématique et méta-analyse internationale, à laquelle est notamment associé le centre hospitalier Le Vinatier, confirme cette observation à plus grande échelle : les personnes avec un TDAH présentent plus fréquemment des particularités de traitement sensoriel que la population générale, que ce soit sous forme d’hyperréactivité (réaction excessive à un bruit, une lumière, une texture) ou d’hyporéactivité, voire de faible enregistrement sensoriel (difficulté à détecter certains stimuli). Ces particularités concernent plusieurs modalités sensorielles et touchent aussi bien les enfants que les adultes.
Ce constat a une implication clinique importante : un enfant TDAH qui perçoit et traite différemment les informations sensorielles de son environnement n’aborde pas une activité physique dans les mêmes conditions qu’un enfant au développement sensoriel typique. Cela peut influencer sa façon de réagir à un terrain de sport bruyant, à un contact physique inattendu, à un changement rapide de direction, ou à l’instabilité d’un équilibre sollicité — autant d’éléments qui font partie intégrante de nombreuses activités sportives.
Ainsi, réaliser un bilan sensoriel précis de l’enfant permettra de mieux choisir une activité sportive qui contribue à réguler certaines atypies :
Par exemple, un enfant avec une hyposensibilité proprioceptive, kinesthésique ou vestibulaire en recherche permanente de mouvements, pourra fortement bénéficier d’une activité telle que le cirque ou la gym au sol avec des roulades, qui demandent une bonne conscience du corps, une régulation de la vitesse, et qui travaillent aussi les coordinations globales.
Ou encore, un enfant qui a des difficultés dans ses coordinations occulomotrices, avec par exemple une difficulté à passer d’une vision focalisée à une vision périphérique, bénéficiera des sports à balles qui demandent d’alterner de manière fluide ces modalités visuelles.
Nous analysons toutes ces particularités sensorimotrices associées au TDAH dans la formation “approche sensorimotrice de l’enfant de 2 à 7 ans basée sur l’observation des réflexes archaïques.“
C’est précisément ce pont entre sensorialité et motricité qui invite à regarder plus finement encore le développement sensorimoteur précoce de l’enfant, et en particulier la maturation des réflexes archaïques, eux-mêmes étroitement liés à la régulation tonique et aux réactions posturales déclenchées par les stimulations sensorielles.
Et du côté des réflexes archaïques ?
Une partie de la réponse aux difficultés persistantes de certains enfants — malgré une pratique sportive régulière — pourrait se situer du côté du développement sensorimoteur précoce, et notamment de l’intégration des réflexes archaïques.
Les réflexes archaïques (ou réflexes primitifs) sont des réactions motrices automatiques présentes chez le nourrisson, qui s’effacent normalement au cours de la première année de vie au profit de mouvements volontaires et coordonnés. Lorsque ce processus de maturation reste incomplet, certains réflexes peuvent persister plus longtemps que ce qui est habituellement attendu.
Plusieurs travaux de recherche, menés notamment par l’équipe de Konicarova et Bob (Université Charles, Prague), ont exploré cette piste chez l’enfant TDAH. Une première étude a mesuré la présence des réflexes de Moro et de Galant chez des enfants TDAH d’âge scolaire comparés à un groupe témoin, concluant que les enfants TDAH présentaient une fréquence plus élevée de réflexes primitifs persistants que le groupe témoin, ce qui suggère que les symptômes du TDAH pourraient en partie correspondre à une compensation de stades développementaux inachevés liés à la disparition incomplète des réflexes de Moro et de Galant.
Des travaux ultérieurs de la même équipe, publiés notamment dans Frontiers in Psychiatry, ont affiné cette observation en mettant en évidence des associations spécifiques selon le sexe entre certains réflexes et les symptômes du trouble, ainsi qu’un lien avec des difficultés d’équilibre.
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Il est essentiel de le formuler avec la prudence qui s’impose : ces études sont en nombre limité, portées principalement par une même équipe de recherche, et de nature corrélationnelle. Elles ne permettent d’établir aucun lien de causalité. Elles ouvrent en revanche une piste de réflexion clinique intéressante : celle d’un lien possible entre maturation sensorimotrice précoce et certaines manifestations attentionnelles ou posturales observées chez l’enfant. |
Ce que cela signifie concrètement pour le choix d’une activité sportive
Si l’on met ensemble ces deux corpus de connaissances, une logique clinique se dessine :
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Le sport est un appui pertinent et recommandé pour soutenir les fonctions exécutives et l’attention chez l’enfant TDAH.
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Mais un enfant dont la maturation sensorimotrice présente encore des particularités (équilibre, coordination, régulation tonique) le sport ne remplace pas une prise en charge sensorimotrice globale réalisée par un professionnel de santé.
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Observer la motricité fine de l’enfant — sa posture, son tonus, ses réactions d’équilibre, ses asymétries de mouvement — avant ou en parallèle du choix d’une activité physique peut permettre d’orienter ce choix de façon plus pertinente, et d’accompagner l’enfant avec des repères plus précis.
Ce n’est pas un raisonnement qui remplace l’avis médical ou paramédical individualisé : c’est un éclairage supplémentaire, à intégrer dans une approche pluridisciplinaire, au même titre que l’activité physique elle-même.
Pour aller plus loin dans l’observation sensorimotrice de l’enfant
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Si ce sujet vous intéresse en tant que professionnel paramédical — kinésithérapeute, psychomotricien, ergothérapeute, ostéopathe — et que vous souhaitez affiner votre regard clinique sur ces questions de maturation sensorimotrice, j’ai conçu une formation qui explore précisément ce terrain : Approche sensorimotrice de l’enfant de 2 à 7 ans basée sur l’observation des réflexes archaïques Cette formation propose des outils d’observation clinique pour mieux repérer les particularités sensorimotrices de l’enfant, dans le respect strict du cadre de compétences de chaque profession et sans jamais transformer l’observation des réflexes archaïques en outil diagnostique. Elle s’adresse aux professionnels qui souhaitent enrichir leur lecture clinique du développement de l’enfant, en complément des approches existantes — dont l’activité physique adaptée fait évidemment partie. Formation : approche sensorimotrice de l’enfant de 2 à 7 ans – Le Prisme Corporel
Références
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Pour aller plus loin (avant de vous partager des ressources gratuites en bas de page) :
Formation ” Approche sensorimotrice du nourrisson basée sur l’observation des réflexes archaïques“
- 14h de présentiel /7h de distanciel
- 750€
- Plusieurs dates 2026 en cours de programmation, FIFPL pour les ergothérapeutes et kinés (avec des variations de programme à demander par mail)
- Contact : bardetrebecca@yahoo.fr | 06 37 24 11 66
“Pédagogie et Communication en rééducation pédiatrique auprès d’un public à besoins spécifiques”
- 7h en e-learning
- 300€, FIFPL pour les ergothérapeutes et kinésithérapeutes.
- Modules : TSA, TDAH, CAA, place des parents, utilisation du jeu, dépistage des violences
- Contact : bardetrebecca@yahoo.fr | 06 37 24 11 66
Formation “Approche sensorimotrice de l’enfant de 2 à 7 ans basée sur l’observation des réflexes archaïques”
- 28h en e-learning sur 1 an
- 750€ (e-learning seul), FIFPL pour les ergothérapeutes et kinésithérapeutes, demander les variations de programme par mail.
- Modules : méthode Feldenkrais, régulation du tonus, 14 réflexes archaïques, profil sensoriel
- Contact : bardetrebecca@yahoo.fr | 06 37 24 11 66
Rebecca Bardet Masseur-Kinésithérapeute D.E. formée à la Feldenkrais Formatrice en neuropédiatrie et douleur chronique Organisme de formation Le Prisme Corporel
Ouvrage qui ose tenir un discours nuancé, et qui vous aidera à mieux comprendre l’ensemble des enjeux qui se construisent autour de la polémique des réflexes archaïques mais aussi de la rééducation sensorimotrice.
écrit par Rebecca Bardet, Kinésithérapeute et formatrice
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